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Aux complaintes des désabusés .
jeudi 31 janvier 2013, 18:40

Si, quelque soir, d'un pleur obtenu sans effort, tu pouvais seulement, ô reine des cruelles ! Obscurcir la splendeur de tes froides prunelles.

— Charles Baudelaire .

Elle se faisait une grâce de mettre la parure qu’était les désolations de la mort ; le tintement des os qui s’entrechoquaient. La jeune femme était sombre, noircie et brûlée, comme un bout de papier, une lettre qu’on aurait jetée au feu pour en oublier les tristes lettres alignées, écrites à l’encre bleue. Elle tombait insensiblement vers ce voile morbide, se refusant d’accéder au bonheur. Chaque fois, elle refermait sa porte, la verrouillait et s’en allait sans un seul sourire collé au visage. Elle traînait avec elle l’Absolu Néant, le gouffre profond d’un quelque chose, mais sa carapace fondait sous la beauté. Se désintégrait et laissait place à une fleur trop délicate, trop frêle pour ce monde si dérisoire. C’était comme un éclair qui déchirait la nuit, comme une pluie sur les déserts de ce monde. Voilà qu’elle sombrait dans la déchéance, se laissant porter par les soupirs déposés au creux de ses oreilles, les effleurements le long de ses hanches et les baisers fougueux qui ne voulaient rien dire. C’était terrifiant, recroquevillée sur elle-même, elle devenait la poupée, le pantin avec lequel on jouait. Cassiopée allait donc mourir elle aussi, laissant derrière elle une jeune fille désenchantée et donnant place à une Andromaque au sourire d’ange et à la valse charnelle et envoûtante. Elle n’était plus qu’une poupée d’apparat, une simple martyre carnaval, dont le corps pouvait tenir dans une main. Elle allait rejoindre les rangs de Moscou, se laissant bercer par le temps. Cassy ne souhaitait plus qu’une seule chose : s’abandonner corps et âme, frôlant parfois l’extase qu’était l’asphyxie. Au fond, c’était peut-être ça son vitriol, sa petite Amertume. La seule façon d’abandonner une âme était d’abandonner le corps. Andromaque. Ce double d’elle-même, sa symbiotique facette, imprégnée dans sa chair comme de l’encre qui coulait le long de ses veines.

À présent, ses pas qui s’emboîtaient répétaient un mouvement robotique, saccadé. Elle traversait le cimetière en titubant, ayant l’air dépossédé, ressemblant étrangement à ceux qui gisaient sous elle. Cassiopée semblait frêle sous le poids de son immense sac, sous son chagrin brûlant. Elle trimbalait avec elle sa nouvelle espérance, sa nouvelle facette encore endormie. Andromaque, cette femme à la bouche silencieuse, aux traits parfaits et à la prestance d’une véritable  déesse. Elle pouvait s’abandonner, se laisser aller dans les choses que l’on gardait feutrées. Cette femme pouvait rendre fantasmes en réalités, mais jamais ne s’adonnait au jeu du cœur. Elle parlait le langage physique, les étreintes épicuriennes et les baisers volatiles. Cassiopée n’était que son altérité, son alter-ego triste et trop profond qui succombait aux battements des cœurs. Une antinomie qui lui sauverait la vie, l’âme en entier.

Le sommeil accapara ses songes aux détours d’un deuxième virage. Le train roulait à vive allure et laissait passer un paysage aux traits flous dans l’embrasure de la fenêtre. Cassiopée sentait son cœur qui se désintégrait lentement pour laisser place à une machinerie rythmée, celle d’Andromaque. Son passé fuyait doucement derrière elle, la laissant seule au beau milieu de son propre Néant. Bientôt, elle allait pouvoir sentir la brise fraîche qu’était celle de la Russie, ce pays aux hivers froids et aux apparences désinvoltes. Là-bas, elle aurait droit à ce nouveau départ, à cette mise à mort lente qui finirait un jour par la tuer définitivement, elle et ses prunelles vides. 

Libellés : Phantasme

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Aux complaintes des désabusés .
jeudi 31 janvier 2013, 18:40

Si, quelque soir, d'un pleur obtenu sans effort, tu pouvais seulement, ô reine des cruelles ! Obscurcir la splendeur de tes froides prunelles.

— Charles Baudelaire .

Elle se faisait une grâce de mettre la parure qu’était les désolations de la mort ; le tintement des os qui s’entrechoquaient. La jeune femme était sombre, noircie et brûlée, comme un bout de papier, une lettre qu’on aurait jetée au feu pour en oublier les tristes lettres alignées, écrites à l’encre bleue. Elle tombait insensiblement vers ce voile morbide, se refusant d’accéder au bonheur. Chaque fois, elle refermait sa porte, la verrouillait et s’en allait sans un seul sourire collé au visage. Elle traînait avec elle l’Absolu Néant, le gouffre profond d’un quelque chose, mais sa carapace fondait sous la beauté. Se désintégrait et laissait place à une fleur trop délicate, trop frêle pour ce monde si dérisoire. C’était comme un éclair qui déchirait la nuit, comme une pluie sur les déserts de ce monde. Voilà qu’elle sombrait dans la déchéance, se laissant porter par les soupirs déposés au creux de ses oreilles, les effleurements le long de ses hanches et les baisers fougueux qui ne voulaient rien dire. C’était terrifiant, recroquevillée sur elle-même, elle devenait la poupée, le pantin avec lequel on jouait. Cassiopée allait donc mourir elle aussi, laissant derrière elle une jeune fille désenchantée et donnant place à une Andromaque au sourire d’ange et à la valse charnelle et envoûtante. Elle n’était plus qu’une poupée d’apparat, une simple martyre carnaval, dont le corps pouvait tenir dans une main. Elle allait rejoindre les rangs de Moscou, se laissant bercer par le temps. Cassy ne souhaitait plus qu’une seule chose : s’abandonner corps et âme, frôlant parfois l’extase qu’était l’asphyxie. Au fond, c’était peut-être ça son vitriol, sa petite Amertume. La seule façon d’abandonner une âme était d’abandonner le corps. Andromaque. Ce double d’elle-même, sa symbiotique facette, imprégnée dans sa chair comme de l’encre qui coulait le long de ses veines.

À présent, ses pas qui s’emboîtaient répétaient un mouvement robotique, saccadé. Elle traversait le cimetière en titubant, ayant l’air dépossédé, ressemblant étrangement à ceux qui gisaient sous elle. Cassiopée semblait frêle sous le poids de son immense sac, sous son chagrin brûlant. Elle trimbalait avec elle sa nouvelle espérance, sa nouvelle facette encore endormie. Andromaque, cette femme à la bouche silencieuse, aux traits parfaits et à la prestance d’une véritable  déesse. Elle pouvait s’abandonner, se laisser aller dans les choses que l’on gardait feutrées. Cette femme pouvait rendre fantasmes en réalités, mais jamais ne s’adonnait au jeu du cœur. Elle parlait le langage physique, les étreintes épicuriennes et les baisers volatiles. Cassiopée n’était que son altérité, son alter-ego triste et trop profond qui succombait aux battements des cœurs. Une antinomie qui lui sauverait la vie, l’âme en entier.

Le sommeil accapara ses songes aux détours d’un deuxième virage. Le train roulait à vive allure et laissait passer un paysage aux traits flous dans l’embrasure de la fenêtre. Cassiopée sentait son cœur qui se désintégrait lentement pour laisser place à une machinerie rythmée, celle d’Andromaque. Son passé fuyait doucement derrière elle, la laissant seule au beau milieu de son propre Néant. Bientôt, elle allait pouvoir sentir la brise fraîche qu’était celle de la Russie, ce pays aux hivers froids et aux apparences désinvoltes. Là-bas, elle aurait droit à ce nouveau départ, à cette mise à mort lente qui finirait un jour par la tuer définitivement, elle et ses prunelles vides. 

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