jeudi 22 mai 2014, 12:02
Je prends
racine dans la terreur. Mon cœur s’atrophie. L’écho de ma voix résonne comme un
bourdonnement terrifiant. Sous ma peau diaphane saillies mes veines endolories.
Du goudron dans mes viscères. Le contact est douloureux. L’aiguille perce la
fragile barrière de mon épiderme. Frisson, froideur. Je me sens raidir, je me
sens souffrir comme un pantin déchiré. Par la fenêtre il y a des poupées de
verre qui se brisent. Mon regard se fixe sur ses cheveux bruns. Le temps coule
comme du béton et l’aiguille s’enfonce. Le vent dans ses yeux ; sur ses
lèvres, le goût de la mer. Ce doit être salé. Je sens déferler en moi les
larmes pleurées par l’aiguille. Son passage funèbre me laisse une ecchymose
dans le creux de mon bras. Dehors, le vent fracasse les poupées. Ses cheveux bruns
se perdent dans le vide et se brisent. Miles éclats de verre jonchent le sol.
La sensation qui m’enveloppe n’est que léthargie. La terreur qui m’embrassait
laisse maintenant place au réconfort. Son toucher est frêle, comme les poupées
qui meurent sous les fleurs. J’oublie presque sa présence au-dehors. Mon visage
fond, mes doigts brûlent. Je vacille. Avant de choir, mes pupilles s’accrochent
à elle. L’abysse ne peut être sans elle. Son mystère m’électrise. Ses lèvres au
goût de sel. Je tombe. Fracas, bourdonnement, vide. Un chrysanthème éclos au
milieu des éclats de verre.
Libellés : Provocation
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